Et si on s’autorisait à se tromper… et même à recommencer ?

Il y a cette branche qu’on n’ose pas couper. Cette ligature qu’on remet toujours à plus tard. Ce bois mort qu’on n’est pas sûr de savoir par où commencer. Ce bonsai qu’on regarde chaque jour, en silence… Et si la vraie erreur, c’était d’attendre ? Beaucoup de passionnés repoussent les gestes techniques par peur de “mal faire”. Pourtant, le bonsai est un art vivant, qui se construit par l’expérience.

Voici quelques mots pour celles et ceux qui doutent, qui culpabilisent parfois, et qui cherchent surtout à bien faire… sans jamais faire.


On le voit souvent, en stage, en atelier, sur les forums, les réseaux. Un bonsai qui pousse de travers, qui s’étiole doucement, qui ne respire plus. Pas parce qu’on l’a trop taillé, pas parce qu’on l’a brutalisé, non, mais parce qu’on a trop attendu. Parce qu’on n’a pas osé, parce qu’on s’est dit : “je le ferai demain, quand je saurai, quand je serai prêt”. Et demain passe. L’arbre, lui, continue.

La peur de mal faire, on la comprend, elle est humaine. Elle vient de cette envie de bien faire, de respecter l’arbre, de ne surtout pas “casser” quelque chose de vivant, de ne pas “gâcher” un arbre qui nous plaît. Et c’est beau cette attention à l’arbre, c’est même précieux. Mais parfois, à trop vouloir protéger, on se fige, on s’empêche. Et on laisse le bonsai s’éloigner, doucement mais sûrement, de ce qu’il aurait pu devenir avec un petit coup de main au moment où il en aurait eu besoin.

Le bonsai est porteur d’une tension toujours sous-jacente et essentielle dont on ne parle pas suffisamment. C’est un art du vivant. Un vivant qui repousse, se régénère, avance, et donc un art qui permet l’erreur. Mais le bonsai est aussi… un art du vivant… Et donc un vivant qui peut peut-être “souffrir“, expérimenter des manques, du stress, mourir aussi, et qui nous impose une grande responsabilité. C’est cette double réalité qui nous rend souvent si hésitants ou qui en paralyse certains, entre l’élan de créer, et la peur de détruire.

Alors, oui, bien sûr, on peut faire des erreurs. On peut casser ou enlever une branche qu’il aurait mieux valu garder. On peut se tromper dans le timing, dans l’angle, dans le choix du pot, de la branche ou de la face. Mais est-ce si grave ? Est-ce que ce n’est pas aussi comme ça qu’on apprend ? Qu’on trouve son style ? Qu’on se lance vraiment ?

La culpabilité, elle vient souvent d’une idée fixe, celle qu’il y aurait une bonne manière de faire. Une sorte de voie unique, validée par les anciens, par ceux qui “savent” ; d’autant plus en bonsai où les grands Maîtres japonais impressionnent et dictent les règles depuis de nombreuses décennies. Mais cette voie, elle est pleine de sentiers, pleine de détours, d’essais, d’échecs. Et parfois, c’est en ratant qu’on découvre une beauté qu’on n’avait pas prévue.


Alors je voulais vous dire ceci :

Vous avez le droit de vous tromper.

Vous avez le droit de ne pas savoir.

Vous avez le droit d’essayer.

Vous avez le droit de recommencer.


Vous n’êtes pas là pour cocher des cases mais pour vivre quelque chose avec vos bonsai, pour créer un lien. Pour mettre les mains dedans aussi et se salir un peu. Pour apprendre ce qui se passe quand on agit, et surtout, pour y prendre du plaisir. Parce qu’au fond, avec toutes les contraintes que nous nous imposons pour soigner tous les jours nos arbres en pot, si tout ça est empreint de peur ou de culpabilité, où est la joie ? Où est la créativité ? Où est la liberté ?

Alors coupez, essayez, trompez-vous, observez… et recommencez. Faites confiance à votre regard, à votre instinct et à votre envie. Il n’y a rien à “réussir”, juste un chemin à prendre, un geste après l’autre.


Parce que je suis passée par là, aussi…


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