Pourquoi et comment utiliser du mastic sur un bonsai ?

Le mastic cicatrisant est l’un des produits les plus utilisés dans l’entretien des bonsai, notamment après une taille. Son rôle ? Protéger les plaies des coupes en établissant une barrière étanche à l’air et à l’eau. Il aide à limiter le dessèchement des tissus vivants, prévient le retrait de sève, et accompagne l’arbre le temps que le processus naturel de compartimentation fasse son œuvre.

Dans le contexte très particulier de la culture en pot, où les conditions sont plus contraignantes que dans la nature, ce petit geste de soin peut faire une vraie différence, tant sur la santé que sur l’esthétique de l’arbre.


A propos de la “cicatrisation” chez les arbres

Quand on parle de mastic ou de plaie, le mot “cicatrisation” revient naturellement. Mais c’est en réalité un abus de langage. Les arbres ne “réparent” pas comme les humains. Ils ne régénèrent pas les tissus endommagés. Ils ne réparent pas, ils compartimentent. Ce mécanisme de compartimentation consiste à isoler les zones blessées ou lésées pour éviter la propagation de maladies ou de pourriture dans les tissus sains. L’arbre construit autour de la plaie des barrières chimiques et physiques, puis développe lentement un bourrelet de recouvrement qui va refermer la blessure… sans jamais vraiment la “guérir”.

Le mastic n’accélère pas ce processus biologique. Il ne fait pas “cicatriser”. Mais en limitant le dessèchement et en évitant l’invasion d’agents pathogènes, il favorise un environnement propice à une compartimentation plus efficace et à un résultat final plus propre.


Astuce d’application

Le mastic en crème (souvent en tube) s’applique facilement. Mais les versions en pâte, plus épaisses, peuvent décourager les débutants. Le secret ? Toujours garder le doigt mouillé (eau ou salive) pour éviter que le mastic ne colle à la peau. La pâte devient alors bien plus malléable et précise à poser. Attention tout de même, pas question de mettre le doigt à la bouche entre chaque plaie ! Ces produits contiennent souvent des agents fongicides ou hormonaux, très utiles pour les arbres, beaucoup moins pour nous.


Alternatives et cas particuliers

  • Aluminium adhésif
    Très facile à poser, sur les coupes importantes il va permettre d’accélérer significativement la formation du bourrelet de recouvrement en maintenant sur la zone la chaleur des rayons du soleil, couplée à une hydratation maintenue grâce à un phénomène de condensation.
  • Sphaigne sèche sur les pins
    Quand trop de résine coule après une coupe, il peut être impossible de poser le mastic. L’astuce est alors de recouvrir la plaie avec une boule de sphaigne sèche et d’attacher celle-ci avec du raphia (ou de la ficelle) pour la maintenir sur la plaie. Une fois l’écoulement stoppé, ôter la sphaigne et la remplacer par du mastic.
  • Plaies anciennes ou creuses
    Sur certains arbres, les grosses plaies peuvent prendre des années à fermer, d’autant plus si elles n’ont pas été faites dans les règles de l’art. Parfois, elles se détériorent et se creusent, empêchant la fermeture du bourrelet de recouvrement. Il fut un temps où il était recommandé de boucher ces plaies avec du ciment mais, ce dernier étant hydrophile, il peut avoir l’inconvénient de dessécher la zone au contraire de l’effet recherché.

fermeture plaie bonsai umi zen


Un autre produit donne de bien meilleurs résultats, c’est la pâte epoxy pour le bois. Complètement résistante à l’eau et aux températures les plus extrêmes, cette pâte permet de boucher les plus grosses plaies et de permettre ainsi au bourrelet de venir se former par dessus cette zone stable, lisse et plate. La fermeture de la plaie en est grandement accélérée et cela permet de garder la zone à l’abri d’un excès d’humidité ou d’une accumulation d’eau.


Mastic ou pas mastic ? La petite controverse

Deux façons de faire, ou peut-être deux courants de pensées, s’opposent en la matière. S’il a été prouvé que l’application de mastic sur un arbre en pleine terre pouvait causer des problèmes sanitaires majeurs plus qu’autre chose, en pot, les arbres poussent et réagissent moins vite et leurs conditions de vie ne sont pas comparables.

L’argument principal étant que “les arbres savent le faire tout seul”, il est important de rappeler je crois, qu’en bonsai, il s’agit aussi d’esthétique. L’application de mastic sur nos arbres en pot vise principalement à éviter un dessèchement trop rapide de la zone de coupe. Cela permet de préserver au maximum les tissus vivants autour, au moins le temps que l’arbre réagisse à la taille et compartimente la zone. Le but est d’éviter tout retrait de sève qui entacherait l’esthétique du bonsai et non pas, comme on le lit souvent, d'”empêcher les insectes de rentrer”…

Bien utilisé, le mastic peut ainsi aider à obtenir une fermeture des plaies plus rapide mais aussi plus propre et discrète, ce dont les arbres dans la nature n’ont que faire mais qui à nous, nous importe grandement.


En résumé ?

Le mastic n’est pas une obligation mais c’est un outil précieux. Bien utilisé, il protège et accompagne la compartimentation. Ce n’est pas une béquille mais une attention pour l’arbre. Et dans le monde du bonsai, chaque petit geste compte.


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