Taille des bonsai : pince concave ou oblique, laquelle choisir ?

Faut-il une pince concave ou une pince oblique pour tailler un bonsai ? Derrière la forme d’une pince, il y a l’anticipation d’un mouvement de croissance, d’un relief à venir. C’est ce regard attentif, en lien intime avec le rythme du végétal, qui guide la main du bonsaika, et non les effets de marketing et de mode.

Car tailler un bonsai, ce n’est pas simplement couper une branche. C’est ouvrir une plaie que l’arbre devra refermer, avec ses moyens, son rythme, sa manière à lui. Et pour cela, le choix de la pince n’est pas anodin. Il ne s’agit pas seulement de posséder l’outil adapté, mais de comprendre comment chaque espèce referme ses plaies, comment elle construit lentement un bourrelet de recouvrement, comment elle intègre ou efface la trace d’une coupe.

La forme de la coupe détermine, en grande partie, l’aspect final de la plaie. Trop creusée, elle peut rester marquée, trop plate, elle peut boursoufler. Il faut parfois une coupe nette, parfois une coupe en plusieurs étapes. Il faut savoir lire l’écorce, comprendre le comportement du bourrelet de recouvrement, et choisir l’outil en conséquence.


Pince droite ou pince concave : quelle différence ?

La pince oblique, aussi appelée pince droite, permet des coupes franches, plates, nettes. Elle laisse peu de traces si elle est bien utilisée (et aiguisée), surtout sur les espèces à écorce fine. C’est la pince du trait propre. La pince concave, quant à elle, présente une forme légèrement arrondie. Elle creuse un peu, mais sans excès. Plus douce que la pince à creuser, elle mord juste assez dans le bois pour aider la zone à se refermer proprement, sans surépaisseur disgracieuse.


Pince concave (arrondie)
Pince oblique (droite)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ces deux pinces ne sont pas interchangeables, elles répondent à des cas précis, et surtout à des espèces différentes. Si on travaille plusieurs essences d’arbres, il est souvent nécessaire de s’équiper avec un exemplaire de chaque.


Une espèce, une écorce, un outil

Prenons l’exemple d’un érable du Japon. C’est une essence à écorce fine et surtout c’est une essence qui réagit fort et vite et peut donc faire des bourrelets de recouvrement un peu exagérés sur les jeunes arbres en formation. Sur les plus vieux, si l’on creuse trop la coupe, ce bourrelet ne comble jamais vraiment le creux et suit la cavité. Résultat : une cicatrice creusée, peu harmonieuse. Dans ce cas, la pince oblique est la plus adaptée. Elle permet une coupe plane, que l’arbre pourra refermer à plat.

A l’inverse, sur un arbre à écorce épaisse, comme un pin ou un chêne, une coupe trop plate se retrouvera boursouflée, l’écorce et le bourrelet s’empilant par-dessus, créant une surépaisseur. Il vaut mieux ici utiliser une pince concave, qui creuse juste ce qu’il faut pour que la fermeture se fasse sans excroissance.

Mais ce n’est pas qu’une question d’épaisseur. Certains arbres à écorce fine, comme l’érable de Buerger, le charme de Corée ou l’azalée, produisent naturellement des bourrelets proéminents. Là encore, une coupe légèrement creusée évite les cicatrices visibles et garde la ligne du tronc fluide.

Chaque arbre raconte, sur son bois, comment il referme ses plaies. Il suffit souvent d’observer les anciennes plaies de taille pour comprendre ce qu’il faut faire : coupe creuse, coupe plate, ou reprise en plusieurs temps. L’outil n’est en fait qu’un prolongement du regard.


Ne pas couper à ras

Une erreur fréquente, vouloir “faire propre” tout de suite. En coupant directement à ras, le risque est que l’arbre n’ait pas le temps de compartimenter correctement la plaie et que les tissus autour se nécrosent, entraînant un retrait de sève. En réalité, lorsqu’on coupe une branche, mieux vaut laisser un petit moignon que l’arbre pourra isoler et refermer à son rythme. Quelques mois plus tard, une fois la compartimentation amorcée tout autour de la branche, on reviendra affiner la coupe avec la pince adaptée. C’est ainsi que l’on obtient des plaies discrètes, propres et bien refermées.

L’usage du mastic peut également aider, en prévenant le dessèchement des tissus et en gardant la zone saine jusqu’à sa fermeture.


En guise de conclusion

Dans la panoplie du bonsaika, la pince occupe une place essentielle. Elle permet d’effectuer des coupes propres, précises, pensées pour être mieux intégrées par l’arbre. Car après chaque taille, l’arbre met en œuvre un processus complexe de compartimentation et de recouvrement, qui dépend étroitement de la manière dont la plaie a été faite.

L’outil utilisé, concave ou oblique, conditionne donc non seulement l’esthétique immédiate, mais aussi la qualité du recouvrement à long terme et la lisibilité de l’intervention humaine… dans une pratique où l’on cherche plutôt à s’effacer et laisser parler les arbres.


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